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Traces en Rhône-Alpes
Créée en 2000 par ARALIS (Association Rhône-Alpes pour le logement et l’insertion sociale), la biennale Traces en Rhône-Alpes, forum régional des mémoires
d’immigrés a rassemblé depuis sa création des partenaires associatifs et institutionnels engagés dans la réflexion et la production d’un travail sur les
mémoires et l’histoire de l’immigration. La démarche Traces vise à faire reconnaître dans l’espace public, les traces, matérielles et immatérielles, de
l’Autre comme autant de témoignages légitimes de la diversité des migrations qui ont façonné le peuplement et l’histoire de la région. Cette inscription
de la richesse des expériences sociales de l’immigration, comme de leurs héritiers, dans le fil de l’histoire collective, associe les populations concernées.
La démarche Traces a trouvé son point d’orgue avec la création d’éditions successives du forum régional des mémoires d’immigrés. Ces forums offrent sur
l’ensemble de la région Rhône-Alpes une scène de débat public mais aussi une scène d’expression artistique et culturelle qui vise à faire évoluer le regard
et les imaginaires sur l’immigration, tout en s’inscrivant résolument dans des catégories de pensée et d’action du mouvement et du devenir.
Equipe
Présidente : Michèle Daclin
Directeur Général : Pierre Henri Suatton
Chef du projet : Mustapha Najmi
Chargé de mission : Benjamin Vanderlick
Avec le soutien financier de :
- Préfecture de la Région Rhône-Alpes, SGAR
- Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalité des Chances- Direction Rhône-Alpes
- Direction Régionale des Affaires Culturelles
- Région Rhône-Alpes
- Conseil Général du Rhône
- Ville de Lyon
- Année Européenne du Dialogue Interculturel
En partenariat avec :
- La Cité nationale de l’histoire de l’immigration
Origine et création d'un projet
Traces: Forum régional des mémoires d'immigrés
Cette année, le forum régional des mémoires d'immigrés TRACES ouvre sa quatrième édition. Initié en 2000, le projet ne cesse de se développer et de
s'accroitre à l'échelle de la région Rhône-Alpes en intégrant des acteurs divers, intéressés par la question de l'immigration et des populations immigrées.
Cette manifestation est portée par l'association ARALIS qui a mis en place, depuis 2007, des bureaux spécifiques pour l'organisation de cette
manifestation. Le forum TRACES s'est aujourd'hui imposé à la fois dans le paysage culturel de la région et au sein des acteurs et des structures
scientifiques en rapport avec l'immigration. C'est pourquoi, il nous semble intéressant de nous arrêter sur la naissance de cette initiative avant
de revenir brièvement sur son évolution.
Au cours des années 90, le thème de l'immigration s'impose peu à peu dans les sciences sociales. En Rhône-Alpes, il fait l'objet de recherche en sociologie,
en histoire, en géographie, en ethnologie... Parallèlement au monde scientifique, on voit se constituer, sur ce thème, des mobilisations autour d'acteurs
culturels et associatifs.
En 1992, pour la commémoration du quarantième anniversaire de l'association de la Maison du Travailleur Etranger , un livre est publié sous le titre
Histoires de vie. Ce recueil présente 17 témoignages individuels qui illustrent quatre générations de populations, en majorité immigrées, accueillies
par l'association. Le but de cet ouvrage est de « faire comprendre au moment du quarantième anniversaire de la MTE, le sens profond de son action en
donnant la parole à ceux qui en bénéficient ». Si dans ce livre l'association reste l'acteur principal, un thème nouveau émerge cependant, celui de
la parole donnée aux populations immigrées, ceux que la présidente de la MTE de l'époque voit comme des « hommes et des femmes qui portent sur leur
visage une fraction d'histoire ». Cette réflexion autour de ce que l'on appelle les « mémoires des populations immigrées » n'est pas isolée; durant
cette période, elle se retrouve notamment dans le département de l'Isère.
En 1989, le musée du Dauphinois présente une exposition intitulée Corato-Grenoble, qui raconte l'histoire des habitants de Corato (ville des Pouilles,
dans le Sud de l'Italie) venus s'installer dans l'agglomération grenobloise. Pour réaliser cette exposition, l'équipe du musée s'est appuyée sur des
témoignages de Coratins. L'objectif est de recueillir la mémoire d'une population « qui, bien que d'origine étrangère, a contribué par son travail à
l'histoire régionale ». Le musée renouvelle l'expérience en 1993 avec la population grecque, en 1997 avec les Arménien-ne-s et en 1999 avec les
populations du Maghreb. La démarche adoptée par les équipes du musée s'appuie sur deux postulats. Le premier postulat est que, pour se construire,
l''histoire des populations immigrées doit se baser autant que possible sur une histoire orale qui vise à combler les vides des archives écrites. Le
second postulat part du principe que l'histoire de ces populations fait partie intégrante de l'histoire du territoire d'accueil.
Parallèlement à l'initiative du musée, l'association dauphinoise pour l'accueil des travailleurs étrangers, l’ADATE publie, dès 1992, une revue, Ecarts
d'identité, dont les dossiers s'interrogent sur la mémoire passée et présente de l'immigration.
A la fin des années 90, il existe donc, dans la région, de vraies interrogation et demande sociales autour de ce que l'on désigne sous les termes de
« mémoire de l'immigration et des populations immigrées». Cet engouement autour de la notion de mémoire n'est d'ailleurs pas spécifique à l'immigration,
mais comme pour chaque thématique, son expression va prendre des formes particulières. Dans la région lyonnaise, cette demande mémorielle va se cristalliser
autour de deux thèmes, celui de la disparition des lieux d'accueil des travailleurs immigrés et celui du vieillissement de ces travailleurs.
A la fin des années 90, les premières générations de travailleurs immigrés accueillis en foyer sont à l'âge de la retraite. Certains ne sont pas repartis
dans leur pays d'origine, parce qu'ils ne le souhaitent pas, ou bien, parce qu'ils ne le peuvent pas, notamment s'ils veulent continuer à percevoir leur
retraite. Les associations gestionnaires de foyers se trouvent face à une nouvelle demande sociale qui est celle de l'accompagnement d'un public
vieillissant. A l'initiative du FAS, des réflexions et des actions sont menées à l'échelle nationale sur cette question et notamment, dans la région
lyonnaise, par l'association ARALIS.
A cette époque, les anciens foyers dortoirs gérés par l'association sont amenés à disparaître. Ces lieux de vie sont les symboles des conditions d'accueil
et d'hébergement de ces travailleurs immigrés venus majoritairement durant la période des trente glorieuses. Pour certains, la démolition de ces foyers
correspondrait à la démolition d'une partie du patrimoine historique commun.
Pour tenter de répondre à ces deux questionnements, en 1997, l'association ARALIS met en place une action sociale originale dans l'un de ces plus vieux
foyers-dortoirs, le foyer Rhin et Danube. La démolition programmée du foyer joue un rôle de prise de conscience et est l'occasion, pour les membres de
l'association, de réfléchir à la manière de conserver des traces de ce lieu de vie qui a vu transiter et qui accueille toujours de nombreux immigrés. L'idée
est de monter une pièce de théâtre qui permettrait aux résidents de transmettre leur expérience en foyer et aussi de les placer en acteurs de leur vie en
les faisant témoigner de leurs parcours.
L'action mise en place au foyer Rhin et Danube n'est qu'une première étape. L'année suivante, le photographe Emmanuel Carcano décide de partager le
quotidien des résidents du foyer-dortoir rue d'Inkermann, un endroit où, pour le photographe, « le provisoire est devenu permanent pour une centaine
d'hommes Algériens, Tunisiens ou Marocains, travailleurs immigrés de la première génération ». Il livre de son expérience une trentaine de photos
noir et blanc.
Enfin, une troisième action est entreprise, toujours au foyer Rhin et Danube, avec les artistes José Arcé et Michel Paulet autour d'objets du quotidien:
les armoires métalliques. Elles sont, pour les artistes, des «objets symboliques, supports d'un vécu personnel », témoignages de la vie des résidents.
Ces trois projets artistiques sont la base de la création, en 2000, par l'association ARALIS, du Forum TRACES en Rhône-Alpes, forum régional des mémoires
d'immigrés. Cette action mémorielle se construit autour d'une figure, celle du travailleur immigré vivant en foyer. La thématique choisie est celle du
silence abordé à travers des expositions, des films-débats et des spectacles.
Dès cette première édition , ARALIS s'associe avec d'autres acteurs tel que l'ADATE, qui publie, pour l'occasion, un hors série de sa revue Ecarts
d'identité. Cette publication permet de regrouper des articles écrits par des militants associatifs, des artistes ou des chercheurs sur la question
des mémoires d'immigrés en Rhône-Alpes. Si TRACES naît d'une démarche artistique, la volonté est, dès le début, de faire se côtoyer différents mondes
et différents points de vue sur la place des populations immigrées dans la société d'accueil. La première édition reçoit une audience importante, il
est donc prévu de renouveler la manifestation.
En 2003, la thématique retenue pour la seconde édition de TRACES est celle des mémoires chantées, la voix succède au silence. Toujours à travers une
démarche artistique, l'association ARALIS développe, cette fois, des projets autour du lien intergénérationnel. L'espace privilégié est toujours celui
du foyer mais cette fois, le travail artistique a pour but de valoriser les échanges entre les vieux résidents et les jeunes. La figure du travailleur
immigré est toujours présente mais côtoie celle d'autres parcours migratoires. Un spectacle musical réunissant, autour de Brahim M'Sahel, une centaine
d'hommes d'âge différent est présenté à Lyon, Vienne, Saint-Etienne et Andrézieux Bouthéon. Lors de cette édition, ont lieu quelques expositions ainsi
que des tables rondes et des débats. Mais si le forum s'est étendu à d'autres villes ce n'est qu'en 2005 que Traces dépasse le simple cadre des initiatives
culturelles lancées au sein des structures de l'association ARALIS et prend une véritable dimension régionale.
En 2005, le forum est doté d'un comité de pilotage regroupant des acteurs divers et représentatifs de toute la région . Plus de cent partenaires, parmi
lesquels des structures associatives, des artistes, des musées et institutions culturelles, des collectivités locales, soutiennent 80 événements dans les
huit départements de la région aussi bien en zone rurale qu'en zone urbaine . Selon Mustapha Najmi, « cette troisième édition met l'accent sur cette
nécessité de donner à voir, sur les huit départements de Rhône-Alpes, des mémoires sociales souvent oubliées par la « vogue mémorielle » actuelle ». Il
ajoute que « si cette manifestation est avant tout culturelle (...), elle touche aux enjeux d'une reconnaissance sociale, historique, politique,
respectueuse de la parole des immigrés ». TRACES reste donc une manifestation engagée. Pour la troisième édition, la volonté est d'étendre la démarche à
l'ensemble de la région. Pour ce faire, un travail de prospection est mené afin de sensibiliser et d'associer des acteurs qui ne sont pas spécialistes de
l'immigration, mais pour qui l'immigration serait une thématique intégrée à leur travail. Au terme du forum 2005, un réseau d'acteurs régionaux travaillant
sur la question de l'immigration en Rhône-Alpes est crée.
Après cette troisième édition, le travail en réseau continue à se diversifier dans les huit départements. Les liens se consolident et se développent avec
différents acteurs culturels, des chercheurs en sciences sociales, les acteurs de l'histoire locale, les musées, les organismes de l'éducation nationale,
les organismes parascolaires... Chaque département présente des spécificités liées à son histoire migratoire et également aux structures dont il dispose.
Par exemple, dans le département de la haute Savoie, les projets s'appuient essentiellement sur des acteurs spécialisés dans l'Art contemporain, dans l'Ain,
ils se créent en lien avec des acteurs du monde éducatif.
En 2007, un prélude à Traces 2008 a permis de remettre en place les réseaux d'acteurs pour organiser le forum 2008 qui devrait prendre la forme d'un
festival. La réflexion sur la notion du « patrimoine de l'immigration » se poursuivra alimentée, notamment, par les différents points de vue qu'offre
la diversité des acteurs du réseau.
Construit sur la figure du travailleur immigré en foyer dans l'agglomération lyonnaise, le forum regroupe aujourd'hui toutes les initiatives en lien avec
les populations immigrées dans la région Rhône-Alpes. Manifestation engagée dans la reconnaissance de la place des populations étrangères dans l'histoire
commune, elle adopte une démarche originale visant à croiser des approches artistiques, culturelles, scientifiques et faire se côtoyer des points de vue
divers et parfois même divergents. Ainsi, TRACES 2008 a pour objectif, autour du festival, de voir se créer des échanges entre les spectateurs, les
artistes, les acteurs, de susciter un dialogue, un débat autour des questions de l'immigration.
Juin 2008
Emile Erwan-Elongbil, historienne, (Laboratoire LARHRA-ISH, Lyon 2)
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